[Au Pays des Merveilles] [Garçon de papier]

[Au Pays des Merveilles] [Garçon de papier]
En papier mâché. Comme une jetée d'encre pâle, je perds peu à peu ma verve. J'ai mené des caligrammes sentimentaux; hauts et bas, périlleux ou prudents, courbes et lignes. Je suis tombé, je suis obscène.

Adhésif ou sulfurisé, glacé ou satiné, dans du papier journal ou du papier cadeau, j'ai appris à mes dépens à emballer la vérité sous des chemises sans pli. Alors évidemment, j'écris ici. Pour me salir, pour rendre réel ce qui m'est interdit. J'écris ici pour te dire que je t'aime en suspension; pour figurer une dernière fois, sans doute, dans tes petits papiers et ne plus penser, peut-être, que je manque une occasion de connaître le bonheur: je suis déjà heureux.

J'expédie aujourd'hui la paperasse comme une affaire courante et me débarasse de ces interminables bonshommes de carton que j'ai créés: ma volonté ne suffit plus. Je pose cartes sur table avec toi avant qu'il ne soit trop tard, avant que tu ne remarques enfin ce que tu as fait de moi. Je mets sur toi un point final car durant tout ce temps, j'ai toujours été le seul à en avoir trop dit.

Fin.

Jérôme.




# Posté le mercredi 06 août 2008 07:15

[Le Journal] [Paysagiste]

[Le Journal]
Journée portes ouvertes hier, dans mes jardins secrets.

Pour une fois, j'écrirai nominativement.
Parfois, je me demande encore comment j'en suis arrivé là, à marcher sur les mêmes chemins qu'auparavant sans rien reconnaître de ce qui était. Comme au cinéma muet, il semble que mes yeux aient occulté mes facultés auditives. De tes raisons, il est vrai que je ne veux rien entendre, elles n'auraient de toutes façons que peu de fondements, que peu de racines devant ce que j'ai cru un instant ressentir, un instant réciproque.

Je voyais l'endroit; petite propriété aux dehors attendrissants entourée d'amis et juchée sur un tas de feuilles mortes encore fraîches (j'aurais dû y penser) : j'étais prêt à mettre le prix fort... J'aurais voulu en prendre soin sans rien dire de ma solitude, murmurer des mots le long de son écorce, cultiver qui je suis et me transplanter sur ce terrain vierge où, au contraire de ce que tu penses, tout était encore à découvrir. Soit, je n'étais pas le bon acquéreur et toi, tu manquais à l'appel. Quelque part où finalement on supposait se connaître: nous ne nous connaissons pas.

"Ces parfums d'enchevêtrement" m'étouffent maintenant et j'ai mal. Rassure-toi, ce ne sera pas la première fois... Mes excès de sentimentalisme ne m'ont jamais gardé, je le crains, de me prendre un bon râteau dans la gueule.
# Posté le mardi 15 juillet 2008 18:26

[Le journal] [Canari]

[Le journal]
Je suis récemment tombé malade. Toux, courbatures, fièvre, irritation: la pandémie de bien pensants s'est abattue sur moi. Rechute.

Ils se disent vos amis et ils vous déçoivent sans même s'en rendre compte. Avec leurs sentiments modérés, le Raisonnable, ils en connaissent un rayon. D'ailleurs ils vous le diront; ce sont des personnes tellement stables... et si seules.

Peu importe, c'est moi-même qui m'agace. Avec mon rouge-gorge autour du cou, d'ailleurs, j'ai décidé de me mettre en cage. En l'absence de grain, mon oiseau de paradis finira bien par crever comme ils le désirent, écarté du ciel et de ses désirs volatiles. Il ira se brûler les ailes contre le froid des barreaux de chair, y perdra des plumes et terminera au sol, inanimé.
Le souffle court, il attendra le prochain bruit pour retrouver sa voix et s'il chante faux, il attendra encore, toute volière déverrouillée car il sait... Il sait que "l'amour ne se conclut pas, comme un marché. L'amour, c'est un oiseau. Imprévisible, fantasque. Fragile aussi, et périssable. Et cet oiseau, pourtant, d'un seul battement d'ailes, allège nos existences de tout le poids de l'absurdité."



credits: Louise Maheux-Forcier Paroles et musique




# Posté le dimanche 06 juillet 2008 16:27

[Le journal] [Condiments]

[Le journal]
Si on parle un peu cuisine, je pense avoir trop jeûné pour enfourner quelque-chose de consistant. Il faut bien l'avouer, récemment, manger n'a pas été une priorité.

Des belles recettes à l'eau de rose, il y en a pourtant. On en lit partout dans les bouquins, on les voit au cinéma, on se les invente autour d'un café, du nombril ou d'autre-chose; bref, on en bouffe du petit dej' au souper si bien qu'il est quasiment devenu impossible de ne pas être obnubilé par le divin pot et son saint couvercle.

Personnellement, je ne m'en assaisonne pas mal. Pas que je sois forcément doué pour manier la spatule ou éplucher les oignons mais je consomme... évidemment.

Je me revois encore tenant cette boîte de sucre. De la poussière sur le dessus; de la rouille de sur mes mains, je la retire de sa famille métallique et l'emporte je ne sais où pour lui taper dessus à l'aide d'une cuillère dont les mouvements me rappelent à mon assise gargantuesque de l'époque. J'avais 5 ans et apparemment déjà l'appétit des images fortuites...

Aujourd'hui, j'ai tout perdu: la boîte, la cuillère et la mémoire. Le prête mon odorat à pratiquement tout ce qui s'ingurgite dans un soucis de frénésie alimentaire et entretiens ainsi ma ligne de la plus perverse des façons: Je lacère des paquets d'épices et m'étouffe sous des kilos d'emmerdes nettement superflues et laissez moi vous le dire, c'est un régime dont les habitudes meurrent assez difficilement!


# Posté le dimanche 22 juin 2008 11:08

[Le journal] [ Tout près, il y a un endroit... ]

[Le journal] [ Tout près, il y a un endroit... ]
Aimer les gens, c'est comme attraper un courant d'air. Entre une porte et une fenêtre ouvertes, on se trouve à l'orée de deux jardins secrets; l'un donne sur les pousses que l'on a semées, l'autre annonce les flétrissures. Avec ce blanc, avec ce noir, j'ai pensé rester gris. Non pas neutre, ni aigri, simplement gris... Et si c'est une couleur que l'on trouve terne et bien je la déclinerai violemment sur ma palette; en l'éclairant, en la fonçant, je la figerais sur la toile comme j'aimerais me planter dans l'encadrement de cette putain de porte, en défiant ceux que j'aime de me passer sur le coeur et d'y laisser là leur emprunte indélébile...

Une photo, je vous prends dans mes bras et dans cet instantané, plus jamais vous ne partirez; plus jamais je ne partirai.





# Posté le mercredi 11 juin 2008 16:22