[Le Journal] [Etat des lieux au 20 Février 2008...]

[Le Journal] [Etat des lieux au 20 Février 2008...]
Je m'arrête près d'une souche au beau milieu de la Cambre. Je porte mon jean troué, mes fausses converses à 22 euros seulement, un t-shirt délavé et mes bras nus... timidement ouverts au soleil : strict nécessaire. J'ai froid. Ainsi, je me sens étrangement absent à moi-même... Je me sens transpercé, de part en part, dans la coupe d'un rayon... Je sais que j'ai tort mais je garde les yeux fermés. Quelque part, j'ai toujours eu peur de me dire que tout allait bien. Je passe ma vie à me poser des questions sur des questions à se poser et en fait, je ne suis guère plus avancé que ça. C'est dur... Et il n'y a jamais assez de temps, jamais assez de paroles. Il faut prendre le risque du déséquilibre, se péter les gencives peut-être sur cet entre-deux, faire face à ses incertitudes et user ses dents de lait sur un fruit trop mûr, une pomme d'Adam orgueilleuse. Et avec tout ça, on a pas fini de croire aux miracles...

Je ne sais pas de quoi je parle ce soir. Je ne sais si j'ai envie de recommander la qualité de mon dentiste, si j'ai enfin décidé de reparler d'a.m.o.u.r. ou si je cherche à me retrouver enfin... Enfin seul. J'ai cette impression malsaine que l'on ressent quand on met un terme à ses vacances et qu'on est divisé par la nostalgie des deux lieux, celui que l'on quitte et celui que l'on rejoint... Une migraine quoi.

Si je me cherche en ce moment, je m'arrête près d'une souche au beau milieu de la Cambre. Je pose ma stéréo, juste là : « play ». L'histoire de ma vie. Je porte mon jean troué, mes fausses converses à 22 euros seulement, un t-shirt délavé et mes bras nus... timidement ouverts au soleil : strict nécessaire.
# Posté le mercredi 20 février 2008 04:52

[Il était une fois...] [Katie Melua]

Le 30 septembre 2005, Katie Melua est critiquée dans The Guardian par l'écrivain et scientifique Simon Singh à propos des paroles de la chanson Nine Million Bicycles. Dans cette chanson le passage « We are 12 billion light-years from the edge. That's a guess — no-one can ever say it's true » (« Nous sommes à 12 milliards d'années-lumière du bord. C'est une hypothèse — personne ne peut dire si c'est vrai ») ont été prises par Singh comme une attaque contre l'exactitude des travaux des cosmologistes, ce qui provoqua l'envoi de lettres d'autres lecteurs du Guardian donnant eux-aussi leur avis. Le 15 octobre, Melua et Singh apparaissent dans l'émission Today Programme de la BBC, émission durant laquelle Melua dévoile un ré-enregistrement de la chanson incluant les remarques de Singh, « We are 13.7 billion light-years from the edge of the observable universe; that's a good estimate with well-defined error bars/and with the available information, I predict that I will always be with you » (« Nous sommes à 13,7 milliards d'années-lumière du bord de l'univers observable ; c'est une bonne estimation en tenant compte des marges d'erreur/et des informations disponibles, je prédis que je serai toujours avec toi »)

Je suis amoureux d'une fille. Elle est belle, elle est douce, elle dérange. Elle est aquarelliste et elle ne peint pas. Avec son pinceau, pourtant, elle me glace sur papier. J'avoue... Je me rêve comme personne dans les moindres félûres de sa voix. Elle m'y dessine avec une justesse décontenançante. Quand je me vois l'écouter, j'ai l'air idiot. Je ne tends pas l'oreille, elle s'incline devant sa voix. Je me laisse bercer par mes mouvements de tête, je me renverse comme un verre de couleurs : des jours d'optimisme, des nuits brumeuses et nostalgiques, des égarements charnels et encore 9 millions de bicyclettes à Beijing plus loin...


credits: Katie Melua - If The Lights Go Out
# Posté le mercredi 13 février 2008 05:16

[Le journal] [Tezcatlipoca]

[Le journal]
Tezcatlipoca ("Miroir fumant") est un dieu du panthéon méso-américain. Les Aztèques le craignaient plus que toutes autres divinités et lui offraient des sacrifices sanglants.
Chaque année on choisissait le plus beau des jeunes captifs et on Iui apprenait à jouer de la flûte et à danser pendant un an où les plus grands honneurs lui étaient rendus. Vingt jours avant la date fixée pour le sacrifice, on lui donnait quatre jeunes vierges comme épouses qui personnifiaient des déesses et une longue série de fêtes commençaient. Le jour fatal le jeune homme était mené en grande pompe vers la plate-forme du temple où le sacrificateur lui ouvrait la cage thoracique d'un coup de couteau d'obsidienne et présentait son c½ur encore palpitant au Soleil.


J'ai relu cette histoire des dizaines de fois depuis quelques jours et j'avoue m'interroger. On pourrait sans détour penser que ce n'est que l'une ou l'autre de ces boucheries divertissantes que l'on appelle hypocritement "rites spirituels" en justifiant le fait qu'un homme enfonce ses mains dégoûtantes d'avidité dans les entrailles d'un autre pour le bon plaisir de se garantir une météo clémente mais il y a quelque-chose de divinement poétique dans l'acte... Il y a peu, j'ai fait l'objet d'une angoisse déroutante et inattendue. C'est parce que j'ajustais la vitesse d'obturation de mon appareil photo que cette indiscrétion m'est apparue nette sur le visage de tous les badaux ternes qui enfermaient ma perspective : la plupart des gens sont morts sans même le savoir et dans cette foule compacte, on ne remarque bien que cette défection languissante. Pas un sourire, pas un regard, on ne ressent que l'abandon, cette sensation malsaine de lieu commun de l'inconscience où des milliers de personnes s'oublient à chaque instant parmi les chiffres de leur compte en banque, les dates de leurs prochaines vacances, le nombre de couverts qu'ils ont à nettoyer en rentrant chez eux ou l'heure à laquelle ils doivent descendre leur poubelle pleine de pampers usagés. Oui, les gens chient dans leur froc tous les jours sans aucun scrupule. Ils collent, ils stagnent, ils s'enfoncent au milieu de cette boue mouvante pendant que l'on creuse délibèrémment pour eux une belle petite tombe qu'ils pourront considérer - parcelle réservée à l'avance - comme l'accomplissement ultime de leur vie. Inutile d'ajouter que je n'ai pu prendre aucune photo ce jour-là.

Quel rapport avec les mythes de Tezcatlipoca? Je me pose un instant la question... Qui de ces gens, qui de nous, pourra affirmer, une fois l'éclipse occultée, qu'il a réellement palpité au faisceau de lumière qu'il a choisi de regarder? Qui ressent encore ce battement dans ses tempes, la chaleur qui brûle la rétine? Qui choisit de ressentir et qui choisit de subir son existence? Qui sacrifie ses envies et qui s'offre enfin... corps et âme à la putain de beauté du monde?


credits: http://mythologica.fr/aztec/tezca.htm
# Posté le mercredi 06 février 2008 08:58
Modifié le vendredi 08 février 2008 14:28

[Le journal] [POP!]

[Le journal] [POP!]
How do you describe a feeling? I've only ever dreamt of this... OH !"

Ca y est! Je l'ai capturée. Dans les médias, devant mon miroir, sur mon ticket de métro, sur toutes les lèvres, j'ai mon London Eye qui se dilate en une traînée effervescente! Ha, elle brille la ville! Elle jouit par tous ses orifices... surtout lorsqu'on la brûle par les deux bouts! Elle a étendu son emprise à toutes mes perceptions et m'immole, frénétique, de ses lumières étourdissantes. Ha, l'ivresse! Et moi j'avale. J'absorbe ses infra-rouges, je m'arrache fièvreusement des contraintes morbides qui empêchent d'être soi-même: j'efface l'ardoise ici et me tire ailleurs. Je retourne aux sources. Le noir, le blanc, des valeurs sûres... une rythmique par battements réguliers, tout simplement une mélodie, une voix. J'ai le souffle au coeur, je respire!


credits : Kylie - In My Arms & Hairspray & Stuff...
# Posté le dimanche 03 février 2008 08:38

[Au Pays des Merveilles] [Joker]

[Au Pays des Merveilles]
Ode à ma nouvelle insolence: A ceux qui prétendent à la folie, je réponds qu'elle n'est de nos jours que la plus usée des banalités contemporaines. Sincèrement, quelle facilité! Quelle facécie que ces personnes qui osent, à renforts éthyliques et psychotropiques, revendiquer un état si noble. Moi, j'ai rencontré des fous. Les fous font rire, ils divertissent certes. On ne les reconnaît pourtant pas si aisément les fous, ils admettent volontiers la discrétion. Pourquoi donc les reléguer à la lie de notre merdier consensuel? Ce ne sont ni des extravagants, ni des désaxés, encore moins des forcenés et épargnons nous ici la cinquantaine de synonymes qui pourraient salir leur génie: Les fous ont définitivement tout compris à la vie.

J'ai tous les attributs d'un bon petit bouffon. Excellent dans la tragédie et les mélodrames, meilleur encore dans la comédie, j'accepte avec jouissance mon instabilité générale. Je dispose aussi d'un potentiel de trivialité plutôt respectable! Je considère la vie, au même titre que vous tous, comme une blague relativement graveleuse. Conscient sans doute mais irresponsable, je continue à maintenir mon équilibre précaire sur la tranche d'une carte renversée. Toutefois, appartient-il réellement à l'imaginaire de me servir de support? N'est-ce pas sur un sol bien réel que je prends appui? Et même s'il menace à tout instant de s'ouvrir sous mes pieds, c'est à juste titre pour me rappeler que la corde est plus fragile que je ne le pense entre conformité et marginalité. Hahaha, le dingue rit. Plus que quiconque, le fou sait à quel point ses errances peuvent l'amener à se soustraire soit au bien commun, soit à sa propre régression. Et lorsque le fou se trouve confronté à un tel dilemme, et bien il fait comme tout le monde, il choisit simplement... de ne pas choisir.

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# Posté le vendredi 25 janvier 2008 09:07
Modifié le vendredi 25 janvier 2008 12:24